• Vincent Toh Bi Irié, Préfet d’Abidjan : « Ta bouche impolie là va te compliquer un jour »

    Auteur : Aminata Gbane | 16 octobre 2019 | 260 vues

La « bouche sale » ou encore le « malparlage » sont devenus une habitude, et même une seconde nature pour les ivoiriens. Mais il faut savoir faire la distinction entre avoir une « sale bouche » et être impoli, surtout avec les inconnus. Le Préfet d’Abidjan, Vincent Toh Bi Irié donne une belle leçon à ce sujet…

Voici l’expérience que Vincent Toh Bi Irié, Préfet d’Abidjan a voulu partager avec les abonnés de sa page Facebook.

TA BOUCHE IMPOLIE-LÁ VA TE COMPLIQUER UN JOUR !!!!

Il y a quelques semaines, je suis allé acheter du choukouya vers la Rue des Jardins, à Cocody. J’attendais de me faire servir quand mes yeux ont été attirés par un jeune homme qui vendait des feuilles séchées dans de grands emballages transparents (voir photos ). J’ai été pris de pitié pour l’énergie qu’il déployait à expliquer aux passants les bienfaits de ces plantes , mais ceux-ci l’évitaient. Je me suis approché de lui . C’était du thé brut qu’il vendait, une qualité ivoirienne de verveine, selon lui. J’ai acheté de nombreux sachets de ce thé, plus pour récompenser sa bravoure que parce que j’aimais particulièrement ce qu’il vendait.

Quelques jours plus tard, pensant encore à ce jeune homme dont j’avais pris le numéro, j’ai envoyé quelqu’un lui acheter un gros stock de thé que manifestement je ne pouvais pas consommer même en un an. On demande aux jeunes Ivoiriens de faire preuve de débrouillardise . En voilà un qui non seulement cultive du thé mais le vend lui-même dans la rue. Il faut donc l’aider en achetant ses marchandises. Un jour , je me suis résolu à goûter ce thé. Je l’ai trouvé particulièrement bon et très relaxant, vous poussant plus tôt au lit, tellement il assomme. Des gens comme moi issus d’une famille extrêmement pauvre et qui ont vécu de charité sont très sensibles à ceux qui fournissent des efforts pour vivre.

Un jeune qui se débat de cette façon a besoin qu’on le soutienne. Je contacte donc un ami banquier, un autre ami homme d’affaires et également un ami Avocat pour leur demander comment ils peuvent aider ce jeune à structurer son business parce que son produit est bon et peut le faire prospérer. Ils se rendent disponibles pour une rencontre avec ce jeune anonyme.

Tout excité de pouvoir faire une surprise heureuse à ce jeune inconnu, je l’appelle au téléphone le samedi 12 Octobre 2019, à 10h47. Suivez la conservation vraie :

« Allô, bonjour M. C’est moi qui achète souvent de nombreux sachets de thé avec vous. Est-ce que je peux vous rencontrer le lundi matin au Plateau pour discuter ? »

-Réponse : « Oui allô ! Y a quoi ? D’abord vous c’est qui ? Moi je ne peux pas aller au Plateau hein. Mr, prenez rendez-vous d’abord. Si vous voulez du thé, commandez. C’est tout. Votre affaire de rencontre là, moi je suis pas dedans « .

Puis il m’a raccroché au nez. Il a glacé tout mon enthousiasme. A-t-on besoin de connaître particulièrement un interlocuteur avant d’être poli avec lui ? Dois je dire ma fonction (Ndlr: Préfet d’Abidjan) pour être écouté par quelqu’un qui ne me connaît pas , que je ne connais pas et que je veux aider de façon discrète et anonyme ? Ce jeune, ce n’est pas de financement ni d’encadrement qu’il a besoin. Il faut partir de la base. C’est de formation qu’il a besoin pour comprendre l’environnement commercial et la relation avec le client.

Pendant que les Chinois, les Japonais, les Arabes, les Américains et les Européens dépensent des sommes folles à gérer avec toutes les attentions leurs clientèles, nous, nous sommes encore dans un amateurisme écœurant en Afrique. Vous allez dans des services publics ou privés, vous trouvez des employés occupés à téléphoner, à vous tutoyer comme si vous étiez copains, à paresser pendant que les files d’attente s’allongent. Rien ne s’invente. Le succès est un état d’esprit. Si nous n’avons pas cet état d’esprit, nous n’irons nulle part. A cause du bénéfice de 89.745 FCFA que tu as réalisé le mois passé, tu es devenu arrogant au point de rabrouer tout le monde au téléphone. C’est comme ça que tu vas devenir le Bill Gates Ivoirien ?

C’est toi tu as z’yeux rentrés, ta bouche sale là*, quand tu perces pas dans la vie, tu dis les sorciers sont contre moi. Ko les sorciers de mon village sont contre moi. C’est ta bouche là qui est contre toi ouais! Soayé là !

*bouche sale: en nouchi, une bouche qui parle sans ménagement et qui profère des insanités.


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